Etape 5 : Oser être humain et vulnérable

Ma vulnérabilité 

 

Il fut une époque, pas si lointaine, où la vulnérabilité signifiait être faible, fragile, indécis, influençable, facilement malléable. Et c'est encore bien trop souvent le cas pour un grand nombre d'entre nous. Nous avons été élevés dans la croyance que de montrer sa vulnérabilité signifiait se mettre en danger, ce qui malheureusement est en partie vrai. Mais savez-vous que cela peut devenir votre force principale ?

Nous avons tous des blessures profondes, plus ou moins douloureuses, mais trop souvent inconscientes. On les appelle les blessures de l'Âme (ou blessure de l'Être)*. Elles se sont installées dans notre plus tendre enfance, à une période de notre vie au cours de laquelle nous avions un besoin impérieux de nous protéger des souffrances psychiques que nous infligeait notre environnement. Bien sûr nous n'avons pas tous été des enfants martyrs, loin de là, il n'empêche que nos parents (ou les personnes qui s'occupaient de notre éducation) nous imposaient des règles ou nous disaient des choses dont certaines allaient à l'encontre de qui nous étions profondément. Nous avons donc érigé des protections plus ou moins fortes pour moins souffrir. A ce moment de notre vie, ces protections nous ont sauvé la vie et permis de vivre le mieux possible. Selon qui nous étions, nous avons adopté des  stratégies de fuite, de dépendance, de masochisme, de contrôle, de rigidité… Nous nous sommes adaptés pour être aimé. Et heureusement que nous l'avons fait car sinon, nous ne serions peut-être pas là aujourd'hui. Alors quel rapport avec la vulnérabilité, me direz-vous ? Et bien nous sommes toutes et tous vulnérables à divers degrés. Mais nous pouvons être vulnérables ET en danger ou alors vulnérables ET pleinement vivant.

Quand sommes-nous vulnérables ET en danger ?

Nous le sommes lorsque la vie, les autres, notre environnement vient réveiller une vieille blessure inconsciente et qu'automatiquement nous nous réfugions derrière notre protection favorite, ce qui nous amène à nous comporter d'une manière totalement inverse à ce que nous voulons réellement.

Je vous donne un exemple.

Un petit garçon a un papa qui, dans certaines circonstances, peut se montrer violent avec lui ou avec son entourage. Il sait qu'il doit se faire "tout petit" lorsqu'il entend la porte de la maison s'ouvrir quand ce papa rentre du travail, au risque de se faire au mieux, disputer, au pire, frapper… Il a donc pris l'habitude de se cacher derrière le canapé du salon avec ses petites voitures et de faire le moins de bruit possible afin de ne pas énerver son papa. Et ça marche.

Retrouvons ce petit garçon devenu un homme et travaillant dans une entreprise au sein de laquelle il espère depuis longtemps une promotion. Mais chaque fois qu'il entend la porte du bureau où il travaille, s'ouvrir sur son chef de service (qui a une grosse voix et sait se faire respecter), il se fait "tout petit", voudrait disparaître, n'est plus capable de s'exprimer clairement, sa voix déraille quand il veut dire quelque chose et surtout se sent "ne pas valoir grand-chose". Croyez-vous que cet homme obtiendra sa promotion dans ces conditions ? En l'occurrence, il a adopté une stratégie de fuite, ce qui le protège de toutes agressions extérieures, mais qui l'empêche de vivre Sa Vie !  Il est alors vulnérable ET en danger de mort virtuelle, puisqu'il ne vit pas comme il le voudrait. Tant et aussi longtemps que cet homme ignorera sa blessure et les souffrances émotionnelles qui vont avec, il ne pourra pas la guérir et surtout il ne pourra cesser de se comporter d'une manière complètement opposée à ses aspirations profondes. Il est alors victime de sa vulnérabilité.

Quand sommes-nous vulnérables ET pleinement vivant ?

Lorsque nous avons identifié une de nos blessure psychologique (nous en avons généralement plusieurs) et que nous décidons consciemment de cesser de nos protéger comme lorsque nous étions de petits enfants dépendants de nos parents et que nous devions impérativement nous adapter à ce qu'on nous demandait, sous peine de mourir (du moins, c'est ce que nous croyions).

Un autre exemple.

Une petite fille est la 2nde d'une fratrie de 4 enfants. Sa sœur aînée est joyeuse, pétillante, voire un peu envahissante et monopolise souvent l'attention de leur maman. L'un de ses 2 frères est un enfant hyper actif qui nécessite lui aussi qu'on s'occupe beaucoup de lui. Elle se sent souvent laissée pour compte, car c'est une enfant calme et posée et elle trouve qu'on la  traite très injustement. En plus, un 2nd petit frère arrive quelques années plus tard… Elle ressent de plus en plus d'injustice dans cette famille, surtout lorsqu'on la met en pension à la naissance du bébé. Elle devient alors ce qu'elle pense être une petite fille parfaite. Travaille très bien à l'école, ramène les meilleures notes, obéit sagement à tout ce qu'on lui demande, prend un soin particulier à son apparence, tout cela pour être le plus proche de la perfection possible. Elle entend souvent sa maman dire qu'elle a une petite fille merveilleuse, parfaite, gentille, qui ne luis pose aucun problème…

Retrouvons notre petite fille quelques années plus tard. Elle a un poste important dans une société où elle dirige une équipe de vendeuses. Elle ne supporte aucune erreur, aucun retard, aucun manquement et sanctionne violemment tout ce qu'elle considère comme une faiblesse. Elle aimerait avoir des amies, mais son intransigeance l'en empêche. Elle n'est appréciée de personne à cause de cette manière de ne supporter aucun "écart". L'appartement dans lequel elle vit est impeccablement tenu, mais peu de personnes lui rendent visite…

Puis un jour, elle prend conscience** que ce ne sont pas les autres qui sont à l'origine de son mal-être, de ses relations difficiles et de sa solitude, mais qu'elle est seule responsable de la vie qu'elle mène. Alors elle décide de cesser de se protéger avec cette rigidité qui fait fuir les autres. Elle commence à devenir plus tolérante face aux travers des membres de son équipe, d'être moins agressive quand on lui adresse la parole, de moins se justifier lorsqu'elle est prise en défaut. Elle réalise que cette carapace d'enfance ne lui est plus nécessaire. Et peu à peu les choses commencent à bouger autour d'elle. Elle se montre plus humaine, avec ses failles et ses faiblesses, en constatant que, non seulement les autres ne la jugent pas, mais qu'elle s'attire la sympathie de son entourage. Sa vulnérabilité est devenue sa meilleure alliée pour créer sa vie telle qu'elle la désire.

En conclusion, c'est en nous observant dans nos comportements quotidiens que nous allons détecter la ou les blessures que nous sommes venus régler sur cette terre. Paradoxalement, ce n'est pas la blessure qui est la plus douloureuse, mais bien la protection que nous utilisons pour ne pas la voir. En devenant de plus en plus conscients de nos souffrances émotionnelles liées à cette protection, nous allons pouvoir commencer à doucement modifier à la fois nos actes et nos pensées pour aller vers une plus grande transparence de qui nous sommes, et par la même occasion une plus grande capacité à créer ce que nous voulons plutôt que son contraire.

Exercice d'observation de sa blessure

Conseil : Offrez-vous 10 mn de solitude et de calme chaque soir et revenez sur un évènement de votre journée, même minime (il est d'ailleurs préférable que commencer par des petits évènements, cela permet d'éveiller doucement la conscience qui déteste êtres brusquée !)

1.    Décrivez en quelques mots une situation dans laquelle vous vous êtes senti blessé (en colère, triste, apeuré…)

2.    Que vouliez-vous dans cette situation ? Comment auriez-vous aimé vous sentir ?

3.    Quel a été votre réaction, comment vous êtes-vous comporté ?

4.    Est-ce que cela vous a emmené vers ce que vous souhaitiez ?

5.    Si non, comment auriez-vous pu vous comporter différemment ?

 

Exemple :

Mon mari est rentré tard (une fois de plus) de son travail et nous n'avons pas dîner ensemble car mes enfants devaient se coucher tôt pour l'école le lendemain. Je me sentais en colère contre lui.

Ce que je voulais, c'était qu'on passe un bon moment en famille, qu'on se parle de nos journées respectives et qu'on dîne ensemble comme toute famille qui se respecte. J'aurais aimé me sentir détendue et joyeuse.

Quand j'ai entendu la porte de la maison s'ouvrir, je me suis emportée et j'ai commencé à lui reprocher de n'être pas à la hauteur de ce qu'on attend d'un "bon père de famille", de ne pas pouvoir compter sur lui…"

Non, cela m'a plutôt emmené exactement à l'inverse de ce que je voulais, à savoir passer un beau moment avec les gens que j'aime… On s'est fait la tête toute la soirée !

La prochaine fois, je serai d'abord ce que j'ai envie d'être (joyeuse, détendue) sans contrôler l'autre. J'éviterai naturellement de lui reprocher de me blesser alors que je suis seule responsable de ce que je ressens dans une situation donnée. Je le remercierai aussi de travailler autant pour nous rendre heureux ! 

Ceci est une histoire vraie (de ma propre vie) qui m'a permis de me débarrasser de ma protection de "contrôlante" et du coup de guérir ma blessure en acceptant ma vulnérabilité. A vous de jouer !

* "Les 5 blessures qui vous empêchent d'être vous-même" de Lise Boubeau

** La prise de conscience est en général un processus sur une durée de temps indéterminée. Elle peut être instantanée dans certains cas.