Etape 3 : Où commence ma responsabilité ?

D'abord un petit peu de vocabulaire : Une personne responsable est décrite comme une personne qui doit répondre de ses actes ou des personnes dont elle a la charge. Lorsqu'on prend ses responsabilités, on agit, on décide en acceptant d'assumer toutes les conséquences de ses actions. 

Voilà que je commence bien sérieusement ce texte traitant de la responsabilité ! C'est probablement parce que cette notion est sérieuse, pour tout le monde. Lorsqu'on parle d'elle, l'image d'un personnage renfrogné, grincheux, revêche me vient à l'esprit. Il me dit un truc du genre "Tu n'avais qu'à prendre tes responsabilités…" ou bien "C'est de ta faute, tu n'as pas mesuré la portée de tes actes, tu es responsable de ce qui arrive…". Bref, ça n'est pas très réjouissant de se sentir responsable, surtout quand ce qui arrive n'est pas agréable à vivre pour soi ou pour quelqu'un d'autre. Et là, qui arrive à grandes enjambées ?  Ma grande copine la culpabilité. Vous la connaissez bien celle-là aussi, non ? L'une et l'autre sont étroitement liées dans notre esprit. Et pourtant, les deux notions sont bien distinctes. On peut dire un grand merci à notre éducation, à nos modèles, à la religion qui ont bien enfoncés le clou de la culpabilité dans nos têtes d'enfant : quand nous sommes responsables de quelque chose de négatif, nous sommes coupables. 

Prenons l'exemple d'un accident de voiture. Il faut ab-so-lu-ment trouver un responsable. Les personnes concernées et leur compagnie d'assurance vont tout faire pour tenter de faire porter le maximum de responsabilité sur l'autre… "C'est de la faute de l'autre", et c'est mieux comme ça. "Je suis la victime, car moi, je n'ai rien fait de mal, c'est lui qui m'est rentré dedans, je n'y suis pour rien !" Alors oui, c'est pratique et ça permet de se sentir mieux, sur le moment. "Puisque moi je n'ai rien à me reprocher, je suis une bonne personne, n'est-ce pas ? On pourrait peut-être même me dédommager tant qu'on y est ?... Puisque je suis une innocente victime, au pire d'un chauffard malintentionné, au mieux d'un destin malheureux. Haro sur le coupable ! 

Un autre exemple puisé dans la vie de couple (on peut transposer aussi au travail). Mon conjoint est de mauvais poil et d'ailleurs, ça lui arrive souvent. Quand il (ell) rentre le soir, nos discussions se terminent souvent en disputes, voire pire. Je ne sais plus quoi faire ! J'ai beau me faire tout(e) petit(e)  pour passer inaperçu, il arrive toujours un moment où ça dégénère. Je pourrais partir, mais il y a les enfants et en plus, je n'ai pas de revenus suffisants. Alors je supporte et je me sens la victime d'une situation injuste. Je ne peux vraiment rien faire, c'est l'autre le responsable de ce que je vis. 

J'espère de tout mon cœur que ces deux exemples, somme toute assez fréquents et banals ne font pas directement partie de votre expérience. Mais je suis sûre cependant qu'il vous est arrivé  comme à moi, de considérer que votre problème, la situation difficile que vous traversez, est bel et bien la faute de l'Autre. 

Alors considérons que la notion de responsabilité sociale est nécessaire et permet un "vivre ensemble" indispensable pour pallier la déficience de conscience du plus grand nombre. C'est normal qu'on punisse les chauffards, qu'on châtie les cambrioleurs, qu'on juge et condamne les assassins. Mais cela reste un faible écho de ce qu'est la responsabilité au sens spirituel du terme. Et c'est de celle-là dont je vous parle ici. 

A quel degré sommes-nous responsable de notre vie ? 

50%, 70%, 85%, ça dépend des circonstances ?... Et bien non, nous sommes responsables à 100% de notre façon de réagir à toute situation que nous rencontrons sur notre chemin. 

Lorsque nous acceptons consciemment d'assumer les conséquences de nos actes, de nos pensées, de nos paroles, de nos décisions, de nos réactions, nous devenons alors un être humain totalement et complètement responsable. Une telle personne sait que chaque évènement, agréable ou non, est là pour lui apprendre quelque chose de lui-même et l'aider à évoluer. 

Mais dans un conflit entre deux personnes, on peut dire que la responsabilité est partagée  c'est du 50/50 ?

Et bien non, ça n'est pas du 50/50.

Imaginons que j'aie un conflit avec un collègue de travail. Je ne m'entends pas avec lui, d'ailleurs je crois qu'il ne m'apprécie pas et dès que je prends une initiative, il me critique, me rabaisse, me juge négativement. Nous avons le même niveau hiérarchique et en plus il en fait bien moins que moi ! Je me sens vraiment exaspéré par son attitude  et d'ailleurs je le lui fais savoir à chaque occasion. Du coup, les journées me semblent interminables, je viens au travail avec la boule au ventre. On ne s'adresse la parole que pour s'agresser, c'est devenu intenable. Soit je quitte mon poste, soit je vais commettre un meurtre… 

Contrairement à ce que l'on pourrait croire à première vue, il n'y a pas qu'une seule manière de voir la situation : 

1.    "Il faut qu'il change, il est insupportable. Tout est de sa faute et je suis l'innocente victime d'une situation à laquelle je ne peux rien, sinon subir…" ==> 0% de responsabilité pour moi et 100% pour lui, c'est lui le coupable (c'est ce que je pense). Ce qui peut se produire : Je vais adopter la même attitude, le critiquer, lui adresser la parole de manière agressive, le dénigrer aux yeux des autres, lui savonner la planche dès que l'occasion se présentera, mettre de l'antigel dans son chocolat du matin… Le clash n'est pas loin

2.    "Y'a quelque chose en moi qui cloche. S'il me critique autant, c'est que je dois mal faire, que je ne suis pas à la hauteur… D'ailleurs ça n'est pas la première fois que je vis ce genre de situation. Je ne me sens pas capable de lui répondre, il me fait peur. Déjà à l'école…" ==>100% de responsabilité pour moi et 0% pour lui, c'est moi le coupable (c'est toujours ce que je pense). Ce qui peut probablement se produire, c'est que je vais tomber malade, je vais avoir un arrêt de travail qui va m'éloigner (provisoirement) de ce qui me fait souffrir, je vais prendre des antidépresseurs, des trucs pour dormir, d'autres pour me réveiller et je vais continuer à entretenir une rancœur tenace contre moi-même qui ne suis pas capable de tenir tête à l'autre. La dépression n'est pas loin ! 

3.    "Bon, il va falloir qu'on trouve une solution, ça va être compliqué car il est tellement buté et obtus qu'on ne peut pas discuter avec ce genre de personne. Si seulement je me sentais moins nulle en sa présence, si je pouvais trouver les bons mots pour le remettre à sa place…" ==> 50% de responsabilité pour moi et 50% pour lui (encore ce que je pense). Ce qui peut se produire, c'est qu'un beau matin je vais lui demander de "reconnaitre ses torts", peut-être même de s'excuser de me faire vivre cet enfer. Je vais admettre que je ne suis pas toujours parfait, mais que franchement, lui "pourrait faire un effort et que si peut-être on faisait chacun un bout du chemin, on pourrait sans doute collaborer et vivre mieux". Evidemment, selon MA façon de voir les choses, naturellement. Un semblant de réconciliation n'est pas loin

Dans les 3 cas de figure (il pourrait y en avoir d'autres), je tire sur la corde pour tenter de défaire le nœud (voir étape 2 : mon environnement). Je me bats contre quelque chose qui est juste moi-même, même si en apparence, je fais porter la responsabilité de mon malaise soit sur l'autre, soit sur moi. Je ne vois pas ce que cette situation est en train de me montrer, et tant que je resterai avec l'idée que "les choses ne dépendent pas de moi", rien ne pourra évoluer.

Revenons rapidement à la notion d'environnement (étape 2) : nous ne sommes pas séparés les uns des autres. Alors, qu'est-ce qui a attiré dans ma vie une personne aussi agressive ? 

Que se passe-t-il quand je décide de prendre l'entière responsabilité de la relation ?

Si j'accepte l'idée que je suis  responsable à 100% de mes actes (pensées, paroles, décisions, réactions), je vais changer quelque chose en moi car il est illusoire de croire que je peux changer l'autre. Ou alors oui, mais ça sera à refaire continuellement, à l'aide de menaces, de manipulation, de contrôle, de combat, de compromis, de concessions… Donc je vais décider en toute conscience de ce que je veux vivre et comment j'ai envie de me sentir, dans la situation présente. Et je vais passer à l'action, c'est-à-dire que je vais exprimer ce besoin et agir en fonction de lui. Il est possible que l'autre n'entende pas ce que je dis, mais cela n'a qu'une importance relative, puisque je le fais pour moi, pas pour l'autre. Je peux décider aussi de faire abstraction de son attitude et de me comporter comme j'ai envie de le faire. Car si lui n'a pas envie d'entretenir une relation convenable avec moi, c'est son droit, mais cela ne devrait pas m'affecter : si cela m'affecte, c'est à moi de voir à soigner ma partie blessée. Par la même occasion, je viens de transformer ma culpabilité en responsabilité. Au passage, personne n'a le pouvoir de me culpabiliser. Si c'est le cas, alors c'est qu'une partie de moi se sent déjà coupable.

Pour reprendre l'exemple plus haut, imaginons que je veuille travailler dans l'harmonie et la bonne humeur. Et bien c'est cette énergie d'harmonie et de bonne humeur que je vais cultiver dans ma vie. Je vais le laisser à ses critiques et ses reproches et je vais me donner le droit de créer ce que j'ai envie de vivre, avec amour et bienveillance pour moi-même, et pour ma partie blessée qui a attiré cette situation dans ma vie. Autrement dit j'ai le choix, je peux :

  • Lui dire bonjour gentiment le matin en lui demandant comment il se sent.
  • Lui exprimer comment je me sens en sa présence et ce que j'ai décidé pour moi (me sentir bien malgré ses critiques).
  • Ne plus m'occuper de ses remarques désagréables, faire comme si elles n'existaient pas
  • Commencer à apercevoir sa souffrance derrière ses attitudes négatives et développer de la compassion à la place du rejet qu'il m'inspire

Dans certaines circonstances, et lorsque nous ne sommes pas obligés d'entretenir une relation (travail, famille..) on peut aussi couper la relation qui nous perturbe, simplement en s'éloignant. Mais je suggère de regarder ce que la situation est venue heurter en nous. Sinon, la vie se chargera de nous renvoyer la leçon sous une autre forme, mais de façon encore plus intense.

Lorsque l'on a accepté que l'on est responsable à 100% de toutes les situations, évènements, rencontres de notre vie, alors on se sent libéré et véritablement créateur. Il n'y a plus de victime, puisque nous sommes aux manettes, capables de choisir comment nous allons faire avec ce qui nous arrive.

Exercice d'entrainement à la responsabilité : Extraire l'élément "neutre" dans ce qui m'arrive*

Avant de fairecet exercice, je vous suggère de

D'abord, je note sur une feuille blanche un maximum d'évènements (aussi minimes soit-il) qui me sont arrivés dans le courant de la semaine passée.

Exemple : Je suis tellement désorganisé que j'ai perdu mes clés de voiture / Une fois de plus, je me suis disputé avec Paul / J'ai cassé un plat auquel je tenais beaucoup en le lavant, ça m'attriste, j'aurais dû faire plus attention / J'ai passé une belle soirée à discuter avec des amis / Paul m'a posé un lapin et j'ai perdu 2 heures à cause de lui / Je suis tombé en glissant dans ma douche, quelle idée de n'avoir pas mis de tapis de bain.

Puis vous allez noter si ces évènements ont une connotation positive ou négative pour vous. Vous pouvez même leur donner une note sur 10 après les avoir classé + ou -.

Ensuite, vous allez en tirer le principe "neutre". C'est-à-dire que vous allez reprendre chacun des évènements en le notant sans aucun jugement, ni positif, ni négatif.

Exemple : J'ai égaré mes clés de voiture et les ai retrouvées le lendemain / J'ai eu une discussion avec Paul et nos points de vue divergeaient / J'ai cassé un plat en le lavant / Mes amis et moi avons passé la soirée à discuter / J'ai attendu Paul pendant 2 heures / Je suis tombé dans la douche.

En faisant cela, observez le sentiment que vous avez à propos de l'évènement. Remarquez que dans la 1ère partie de l'exercice, le jugement + ou – que vous portez génère une impression de culpabilité (lorsque c'est noté en négatif) ou de satisfaction (lorsque c'est noté en positif). Autrement dit, vous vous sentez dépendant de ce qui vous arrive de l'extérieur. Dans la 2nde partie, en portant votre attention à la neutralité de l'évènement (ni bien, ni mal), vous allez prendre la mesure de votre responsabilité face à ce qui arrive dans votre vie, autrement dit, le regard que vous portez sur votre environnement.

Je vous suggère de faire cet exercice plusieurs fois par semaine afin de commencer à prendre la responsabilité de votre vie pour cesser d'être victime ou dépendant de ce qui vous arrive.

* Exercice tiré de la Bioanalogie, Jean-Philippe Brebion

Je prends ma responsabilité